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Lapidaires

27/03/2006 - Lu 9195 fois
L'éclat passé des lapidaire et diamantaires ... par Alexandre Malgouverné

L'éclat passé des lapidaires et diamantaires

Les paysans gessiens comme d'autres habitants de la vallée de la Valserine ont toujours recherché des activités d'appoint pour améliorer l'ordinaire. Horlogers et lapidaires aux XVIIe et XVIIIe siècles, ils sont devenus lapidaires et diamantaires aux siècles suivants. Une histoire pleine d'éclat.

Lapidaire ou diamantaire : le métier est bien différent.

En effet, ces deux activités se différencient surtout par la matière travaillée : pierres fines, strass ou diamants. Les sources d'énergie nécessaires et la taille des unités de production les distinguent aussi. Ainsi, le travail du lapidaire peut s'effectuer à domicile à partir d'un outillage assez simple : une petite meule de plomb frottée d'émeri, actionnée par une manivelle et un fuseau sur lequel on fixe la pierre avec le ciment. La pierre façonnée est ensuite polie avec une meule en étain pour les pierres fausses et une meule en cuivre pour les pierres fines. Les outils sont fixés sur un établi, une petite table de travail en sapin, qui peut se déplacer devant une fenêtre pour travailler à la lumière.

Le travail du diamantaire est très différent. Il nécessite une technologie plus élaborée, une force motrice beaucoup plus puissante et oblige un regroupement en petites unités de dix à trente ouvriers. Ces ateliers s'établissent à proximité d'un cours d'eau, utilisant au départ la force mécanique de l'eau puis sa transformation en énergie électrique.

Horlogers

L'origine du développement du travail de lapidaire est liée aux besoins de l'horlogerie genevoise en plein essor au XVIIIe siècle. Pour les mécanismes de montres, un contre-pivot en pierre taillée est nécessaire. Devant l'expansion de l'activité horlogère, la fabrication genevoise sous-traite l'ébauche des montres (les "blancs") et la taille des pierres aux régions rurales voisines : Vallée de l'Arve, Pays de Gex et Haut-Jura. En 1748, les lapidaires du Pays de Gex s'organisent et les status d'une maîtrise sont signés par 40 artisans. En 1761 et 1767, on compte environ 240 maîtres artisans, 95 compagnons et une soixantaine d'apprentis. La profession tombe à 26 maîtres en 1784.

Cette évolution a suivi celle de l'horlogerie. Par contre, abondonnant le Pays de Gex, elle se diffuse sur le plateau du Haut-Jura où 600 lapidaires travaillent vers 1770 et expédient une grande partie de leur production vers Paris. Le travail du lapidaire reste dynamique dans cette région de la montagne jurassienne tout au long du XIXe siècle. En 1827, la paroisse de Septmoncel compte 2960 habitants et 400 lapidaires qu façonnent environ 80 000 "grosses" (douze douzaines de pierres) par ans. Un bon lapidaire qui travaille à cette activité 150 jours dans l'année, peut façonner 70 "grosses.

A partir de 1850, quelques lapidaires travaillent dans la Vallée de la Valserine. Dix ans plus tard, la commune de Gex qui comprend Mijoux dans son territoire, compte 110 lapidaires (60 hommes et 50 femmes) qui oeuvrent pour différents patrons. En 1908, 200 personnes à Lélex et 200 Chézery sont cultivateurs l'été et lapidaires l'hiver.

Un Gessien originaire de Divonne, Goudard, établit un premier atelier de taille de diamants à Paris en 1872, utilisant une technologie originaire de Hollande, puis un second à Saint-Genis en 1874 qu'il confie à M Donnet. En 1877, associé à son cousin Sylvain Dalloz, ils créent un troisième atelier à Montbrillant dans le Jura (commune de Saint-Sauveur) ainsi qu'un quatrième à Saint-Claude en 1884. De nombreux ateliers vont essaimer dans le Pays de Gex et la Vallée de la Valserine sous une forme coopérative ou comme activité indépendante employant des ouvriers.

En 1925, l'arrondissement compte une vingtaine d'ateliers de lapidaires et une dizaine de diamanteries. Peu survivront à la crise économique des années trente. Aujourd'hui, les entreprises Dalloz conservent un atelier à Cessy et une entreprise de lapidaire maintient la tradition à Mijoux : la SARL Trabbia-Vuillermoz. Site internet www.vuillermoz.fr

Alexandre Malgouverné.

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